Idées noires

 

 

CRIMES ET DÉLICES

 

Je m’adresse à vous, Messieurs, qui subissez depuis des siècles les assauts répétés de ces créatures despotiques et capricieuses que sont les femmes. Allez-vous continuer à vous laisser lapider à coups d’invectives, insultes et autres avanies ?

Oh, je ne vous invite pas à changer de femme, car cela ne solutionnerait en rien le problème, mais bien à réagir vigoureusement, tel un peuple à bout, en supprimant le tyran !

Je le reconnais, l’acte s’avère délicat. Beaucoup d’entre vous ne pourront s’y résoudre et je les comprends. Vous vous dites qu’il est ardu de se débarrasser d’un corps et cela vous freine dans votre élan. Si vous étiez capitaine de vaisseau, vous pourriez jeter votre épouse aux requins. À Bagdad, vous n’auriez aucun mal à disséminer les membres de votre victime dans les cageots d’un marché… Mais vous n’êtes pas navigateur et vous habitez dans un pays où les contrôles sanitaires compliquent inopportunément la tâche de l’honnête assassin.

Rassurez-vous, j’ai pensé à vous. La meilleure façon de vous débarrasser de votre ex, c’est de la cuisiner ! Vous n’êtes évidemment pas obligé de la manger. Ce n’est pas parce que votre mariage a été consommé que vous devez en faire autant avec votre conjointe. Contentez-vous de la jeter aux ordures. Lorsqu’on trouve un plat préparé au fond d’une poubelle, on ne crie pas au meurtre mais au gaspillage, ce qui est moins embarrassant. Voici donc une série de petites recettes faciles à mettre en œuvre : le pâté de compagne, la crème de thon, la tarte au lard, et surtout la dinde de Noël qui nécessite de vider complètement le corps, opération facile - surtout en ce qui concerne la tête.

 

 

LA PART DU GÂTEUX

 

La charge financière que représente pour une famille l’enterrement d’un aïeul s’avérant de plus en plus contraignante, et les places au cimetière se faisant de plus en plus rares, pourquoi ne pas envoyer la dépouille de nos chers défunts à quelque tribu cannibale ?

Je vous devine réticent, mais n’ayez aucune crainte, ces peuplades raffolent de nos anciens. Savez-vous, par exemple, que le pygmée guinéen adore ronger ses oncles ?

Alors, n’hésitez plus. Mieux : pour faciliter les démarches administratives, prenez les devants en expédiant vos parents âgés avant leur décès.

Oui, n’attendez pas plus longtemps, car, au moment où je vous parle, quelque part au fond d’une forêt tropicale, un petit indigène, assis au pied d’un chaudron vide, attend sa part du gâteux.

En agissant de la sorte, non seulement vous éviterez d’entamer votre précieux budget mais vous contribuerez par la même occasion à lutter contre la faim dans le monde.

 

 

MOINS DE MORTS SUR LES ROUTES

 

Pour combattre l’insécurité routière, l’imagination des autorités semble être au point mort. Face à l’ampleur du fléau, une mesure drastique s’impose : remplaçons toutes les voitures par des corbillards !

Loin de moi l’idée de vouloir transformer chaque conducteur en croque-mort.Il s’agit simplement de le placer dans un contexte qui l’incite au recueillement et à la prudence. Au volant d’un corbillard, nos réflexes changeront. Finis, les écarts de conduite et les comportements machos !

Cette proposition vous paraîtra sans doute macabre ou grotesque, mais croyez-moi, grâce à la prolifération des corbillards en circulation, il y aura beaucoup moins de morts sur les routes !

Si l’uniformité du parc automobile apparaîtra sans doute comme étant de nature à freiner le principe de concurrence, chaque constructeur pourra compenser ce désavantage en ajoutant une litanie d’options : peinture noir mat ou noir brillant, chapelet décoratif accroché à la place du mort, désodorisant à base d’encens pour l’habitacle, eau bénite dans le lave-glace, etc.

De plus, la baisse du taux de mortalité routière redorera le blason de l’industrie automobile et contribuera à enterrer les préjugés, fondés ou non, sur ce type de véhicule.

Enfin, l’accent sera mis sur le confort, et, une fois les rideaux tirés, les places arrières constitueront pour le conducteur et sa passagère un lieu propice à toutes sortes d’activités récréatives, d’autant plus propice qu’à cet endroit tout y est toujours raide. Essayons l'idée, avis donc aux candidats, aux pilotes décès...

 

 

VIVE L'ODIEUX VISUEL !

 

La pire ineptie qui circule au sujet de la télévision, c'est la prétendue surabondance de ses programmes violents. Foutaises ! En réalité, il y a BEAUCOUP TROP PEU de violence à la télé. Dans les films qui nous sont proposés, je constate pour ma part un cruel manque de cruauté.

Je m’explique… Si nos écrans se trouvaient inondés de films de Steven Seagal, Stallone ou Schwarzenegger, les jeunes resteraient rivés devant le poste au lieu de sortir en rue pour s'y livrer à je ne sais quelle activité peu recommandable. Ce n’est pas avec des émissions sur la reproduction des batraciens en eau douce, le réchauffement de la planète ou la faim dans la monde qu’on va fidéliser une jeunesse avide de sensations fortes. Si les programmateurs veulent atteindre leur cible, ils doivent changer leur fusil d’épaule. Nos enfants ne resteront attachés à leurs chaînes qu’à la condition qu’on leur fournisse leur dose quotidienne d’hémoglobine à travers des programmes sang pour sang jeunes, avec des plaquettes et des globules plein les écrans plasma. Il faut qu’il y en ait pour tout l’immonde. En gore et en gore. Et vive l’odieux visuel !

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×